Entre Orient et Occident, la parentèle

… C’est avec obstination que je m’inscris dans la Tradition de la vraie peinture. C’est là que je sens ma place, sans fausse modestie, apprenant tous les jours à conjuguer le savant orgueil avec l’humilité vraie. Cette filiation, je la revendique, et c’est à travers elle que je me présente comme peintre. Sans vergogne, avec ma singularité. Vraiment.
En dépit de l’homogénéité accordée à ‘l’art contemporain’ dans l’imaginaire collectif, classant dans un pêle-mêle privé de substances réelles ce qu’il ne peut nommer, fondamentalement différent de ce qui lui est connu.

Doit-on à tout prix ‘faire de l’abstrait’ pour être classé ‘peintre contemporain’ ?
Voici la vraie-fausse question ! Qu’entend-on en effet par abstraction ? C’est évidemment là que pèche la compréhension générale ; car une fâcheuse habitude s’est enracinée _ liée à la narration _ de considérer le tableau sous l’angle de ce qu’il raconte à partir d’éléments repérables. Le XIXème siècle a largement contribué à entretenir, voire à répandre, ce contresens à propos de la peinture dite réaliste, dégénérant en figurative dès lors que Kandinsky a montré, en 1912, que l’art pouvait ne pas représenter…que ce n’était pas sa vocation première en tout cas. Du reste, soucieux de ne pas créer de nouveaux académismes se cachant alors derrière les facilités engendrées par une abstraction abusive, il a clairement montré dans un ouvrage désormais célèbre* : ‘ Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier’ _ qu’aucune démarche ne pouvait se passer d’un cheminement guidé par la seule et authentique nécessité intérieure. *Ce petit livre est une véritable Bible pour un créateur contemporain digne de ce nom.
Ailleurs, je développe mes conceptions se développant autour du nombre et de la diversité des mouvements artistiques surgissant en Europe _ et aux Etats-Unis d’Amérique, avec ‘l’Armory show’ vers 1913 _ dans la foulée du premier conflit mondial.
Ici je me contente de souligner l’importance d’un art qui se détache des valeurs superficielles du monde bourgeois, lequel s’engonçait dans des mesquineries liées à l’apparence des choses. Presque automatiquement sont nés deux courants de pensée simplistes, opposant l’abstrait au figuratif, alors que la seule distinction possible et acceptable demeure éternellement celle entre la bonne et la mauvaise peinture.

Soucieuse de participer à l’élan du monde en marche par mon métier de peintre, je continue pourtant à rechercher assidûment les Primitifs dans tous les pays d’Europe. Derrière le paradoxe de six siècles de distance _ la toute première Renaissance se situant à la fin du XIVème siècle _ il faut lire la curiosité légitime des grands tournants de notre Histoire: la chute de Constantinople en 1453 n’a pas fait date par hasard. Au milieu du XVème siècle, elle marque une sorte de rupture d’influences, d’asservissements peut-être ? _ entre Orient et Occident, dont les conséquences demeurent inestimables, encore aujourd’hui, à nos propres yeux, ignorants la plupart du temps des prémices de leur identité culturelle.
Disons simplement que les techniques de la peinture occidentale ont trouvé leurs sources en divers lieux : dans la Constantinople* régnant sur le bassin méditerranéen grâce à l’Empereur qui lui a donné son nom, durant pratiquement un millénaire ; lieu de rencontres exceptionnelles entre les pratiques ancestrales de l’Orient, et la tradition Gréco-Romaine. Mais aussi, dès le XVème siècle, pivot de nos histoires entrelacées, les pays du nord, les Flandres, considérées comme patrie de la peinture à l’huile, prenant le relais de la peinture à l’œuf ou à la tempera, utilisées au Moyen-âge…
* N’est-on pas émerveillé en permanence, à la découverte derrière Istanbul, des cités successives de Constantinople, et primitivement de Byzance ?
Ce lieu réussit le prodige de concentrer en lui, à l’intérieur de son histoire, le génie humain de plusieurs millénaires…comment _ lorsque l’on se soucie de trouver une place juste en ce monde, particulièrement quand on désire accéder au domaine privilégié de la création _ faire l’impasse d’un tel foyer artistique ?
Venise, du reste, dans son intelligence rusée et son esprit de conquête subtil, a su ménager ses intérêts à Constantinople, en servant de ‘double porte’ obligée à qui voulait pénétrer trop vite dans cet Orient mystérieux autant que voluptueux. Sans doute est-ce la raison instinctive qui me pousse toujours davantage vers notre versant à nous, occidentaux, considérant cette cité de l’eau comme la doublure soyeuse, le reflet insaisissable de l’ancienne Byzance, dont elle a su capter le suc, en s’en faisant une alliée plutôt qu’une rivale durant toute la période de sa puissante ascension. ( voir l’ouvrage de Sergio Bettini, la naissance de Venise.)

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