l'Androgyne au verre de vin

Difficile de résumer un parcours de peintre…davantage quand il s’agit du sien ; et combien délicate alors la cueillette à même sa propre treille, où s’imbriquent pêle-mêle les fruits variés de différents cépages : tubes de couleur, toiles, crayons et pinceaux qui voisinent avec un morceau de colophane et des cordes de rechange pour un petit violon, tandis que le Grévisse récite des « exceptions » ou se délecte de figures de style choisies.
Or c’est bien mon histoire à moi !

l'Androgyne au verre de vin

En effet un beau jour, dans ma maturité, j’ai observé quelque chose de curieux : mes instruments de peintre s’étaient mis à faire du solfège et de la grammaire, jetant même un coup d’œil à l’harmonie et au contrepoint ; tandis que les glacis se superposaient en vibrant, les silences s’habillaient d’un blanc irisé, et malgré leur absence on entendait chantonner les vides…les langages eux-mêmes se confondaient. L’alchimie aurait-elle pris dès la racine?
Bien qu’immergée dans la peinture _ comme je me suis exercée en funambule à monter et descendre des gammes durant des années _ je demeure effectivement obsédée par la justesse et la nuance dans les tableaux, esquisses ou simples croquis ; quant aux coups d’archet, ils s’écrivent aisément sur ma partition de lin, grâce à des pinceaux dont je choisis les soies pour leur souplesse, mais aussi selon leur épaisseur et leur degré de résistance à la toile…comble de bonheur, tout cela est arrivé sans que j’y prenne garde, l’air de rien, naturellement.

Alors, venant d’un autre temps, des images surgissent…il me suffit de les laisser faire, les yeux clos…
et voici renaître les jours anciens…

Autoportrait orange

Plus je me sais peintre, moins je peux détailler cette façon d’être et de produire en effet, sauf à répéter les mots de Francis Bacon, vers la fin de sa vie, lors d’entretiens avec l’attentif Michel Archimbaud, enregistrés en 1991/92 : "…cela me paraît très difficile de parler de toutes façons de la peinture…c’est un monde en soi, la peinture, et il se suffit à lui-même. On ne dit rien d’intéressant la plupart du temps quand on parle de peinture. Il y a toujours quelque chose de superficiel. Que peut-on en dire ? Au fond, je crois qu’on ne peut pas parler de peinture, on ne peut pas……………………………
L’important pour un peintre , c’est de peindre et rien d’autre."

autoportrait orange

Vrai, on est obligé de rendre les armes du discours traditionnel, au bout d’un moment ; seule une approche progressive et sous différents angles peut autoriser à parler de cet état de peintre, et de l’urgence qu’il y a pour un(e) peintre à produire, effacer, recommencer, repartir de la ‘page blanche’, de la toile vierge, avec la Foi d’un enfant à qui l’on confie son premier crayon. Voilà pourquoi les réflexions de ce site n’ont pas d’autre but que de contourner l’aspect frontal de questions récurrentes, auxquelles je ne peux répondre qu’en amenant celui ou celle qui me les pose à se les formuler à lui-même, à elle-même ; de sorte de pouvoir nettoyer son ‘intérieur’ des idées préconçues, et se livrer ainsi à la pure jouissance d’un dialogue silencieux avec ce qu’il veut bien regarder.