Thèmes récurrents

3eme detail olympia de babylone olympia servie par trois polichinelles quatre masques sur une ligne incurvee attraverso una finestra veneziana la fenetre noire i canonici trois masques dans la brume personaggi mascherati l'ombrello rosso pulcinella sul punto di sedurre la bella l'innocenza di fronte alla vergogna le peigne de la gondole detail lion de pierre dans volutes de fer fondamenta nuove in inverno

A) VENISE
Voici quelques méditations sur cette source inépuisable, extraites du Fil rouge de ma pratique picturale Venise, encore et toujours … Venise, mon inlassable lieu d’ancrage, Venise d’abord et avant tout …pour moi la traduction de sensations primaires ; primaires dans le sens de premières : celles qui m’assaillent à la sortie du train de nuit quand, pas très bien réveillée, je vois les pieux émerger de la brume sur la lagune, seuls repères dans un immense espace gris, bleu, vert tendre, parfois ponctué de reflets roses à peine perceptibles ( le soir, ils sont plus évidents à ce même endroit ). Puis c’est la rencontre olfactive, presque tactile, avec le Grand Canal, où des odeurs marines se mêlent étroitement au cappuccino, macchiato ou caffè-caffè, quelques cigarettes matinales, avec des percées de diesel gras et lourd, marquant le lent cheminement du vaporetto qui va m’accueillir…les couleurs et l’atmosphère générale semblent commandées par ces sensations immédiates : elles se mettent à recouvrir mon âme en manque, à l’infiltrer par tous les pores, et une bouffée de larmes salées monte dans ma gorge assoiffée. Peindre Venise, c’est donc me laisser prendre, reprendre…me laisser happer par ces sensations renouvelées à chaque voyage, réel ou imaginaire. Alors, et alors seulement, je suis susceptible de trouver les notes justes, le bon angle de ‘vision’ ( fort différent de celui d’un photographe pour tout dire, les lois de la composition se substituant à celles du cadrage ), les contours de ce que sera le tableau accompli. Accompli, et non achevé, car dans la notion d’ achevé subsiste l’idée d’irrémédiablement fini. Or un tableau ne peut jamais se déclarer totalement fini ; il demande à chaque instant le regard de l’autre pour se terminer…au moins provisoirement.
Dans ma pratique reviennent, obsessionnelles, certaines questions liées étroitement à mes sensations ‘brutes’, et celles que me procure la peinture vénitienne elle-même… à propos de la couleur par exemple :
Le bleu dans la peinture, le rôle du bleu dans ma peinture, en référence à Venise, et, plus ou moins consciemment, au regard de son importance chez les primitifs italiens…
Ici le bleu sombre ou translucide, intense, du ciel, où la mer se reflète _ processus inversé ?
Toujours à l’envers, je fais tout à l’envers…Mais à Venise tout surgit par reflets, en miroir, comme inversé. Donc à l’envers d’une certaine façon.
Les palais et maisons de Venise _ pas de personnages, que des fantômes ou des masques, les personnages habituels, courants, ne s’intègrent pas dans ma peinture, ou alors, il me faut les transfigurer, leur faire oublier qu’ ils y sont en visite…souvent les façades seules, et les toits avec leurs cheminées si particulières, et cela suffit. Ici en effet les maisons sont chargées de mystères, de vies accumulées, et l’intonaco* qui est leur habit, chante, vibre, varie et module son humeur au gré de la course solaire ; l’habitat, vide _ même et surtout vide _ est vivant.
* l’intonaco est en fait intraduisible, car il s’agit du crépi vénitien, dont la matière, la couleur et le mode d’application ne font plus qu’un ; capable d’accrocher la lumière et de la réverbérer dans le même temps, ce que n’a jamais fait le crépi ordinaire auquel nous sommes habitués, en France par exemple…pour moi, l’intonaco ( avec l’accent sur la seconde syllabe ) est une œuvre d’art à la base : je me contente d’essayer de reproduire l’effet qu’il produit sur moi, comme une citation, en tâchant d’imiter le geste des peintres en bâtiment vénitiens… Peindre l’humide, telle est mon obsession à ce jour ; peindre l’humide à Venise, comme une Réalité de toujours ; comme une peau précieuse, aux reflets aussi changeants que ceux du taffetas ou de la moire. Mais plus que d’un tissu, il s’agit d’une peau vivante, qui adhère à tout ce qui vit et survit à Venise, provocant et culbutant tous les préjugés. Ainsi vibre et se charge d’une sur-réalité à nos yeux trop concrets, trop pragmatiques, l’intonaco fameux, avec son essuyage unique en façade, élégant, fragile, pellicule de lumière s’incrustant sur la paroi des palais comme sur celle des maisons plus modestes, avec la même noblesse, le même abandon aux inclémences du temps, la même aristocratie qui se moque des modes et du qu’en-dira-t-on…

B) OLYMPIA
- ‘Olympia’, à partir d’Edouard Manet, lui-même à partir du Titien
Est-il nécessaire de présenter l’Olympia de Manet ? Incarnant la peinture moderniste et provocante du XIXème siècle, c’est dans une alcôve du musée d’Orsay, au rouge vénitien, qu’elle a élu domicile. Des quatre coins du monde on vient aujourd’hui l’admirer. Pourtant insultée par Le Bourgeois, qui reconnut avec stupeur derrière son regard inflexible Victorine Meurent, complice clandestine de ses ébats _ accédant subitement au rang de Muse !
Sait-on que Polichinelle n’est autre que le Pulcinella de la Commedia dell’arte ? Né à Naples, il se dépêche de rejoindre ses riches cousins du nord : Arlecchino à Bergame. En proie à ses démons juvéniles, le bossu vieillissant s’exhibe, éternellement inassouvi…A Venise il séduit les Tiepolo. Giandomenico le met en scène dans toutes ses fresques : entièrement vêtu de blanc, son amoureux burlesque surgit, drolatique et vulnérable, toujours prêt à faire bonne chère. On le voit sous toutes ses coutures à Ca’ Rezzonico, au bord du Grand Canal... Le rapprochement entre ces deux figures s’est fait avec un étrange naturel ; et ma série ne fait que commencer …du reste, aura-t-elle jamais une fin ?

Manet et la magie italienne
…Mais au fait l’Olympia, si française dans sa manière, pourquoi vient-elle à Venise ? dans ma Venise ? Grand sujet de méditations pour moi.
Quels sont en effet les motifs profonds qui m’ont amenée à relier Edouard Manet à cette Venise à la fois légendaire, imaginée, et si réelle dans son Histoire, le déroulement de sa vie en quelque sorte ?
J’ai dû réaliser que la réponse était déjà contenue dans la démarche de Manet. Manet lui-même. Manet dans sa Venise, puisqu’il l’hérite directement du Titien. L’Olympia retrouve en effet son aïeule, la Vénus d’Urbin* l’une des plus fameuses toiles de l’un des plus fameux vénitiens du XVIème siècle ; or Vénus demeure la grande inspiratrice universelle de l’Amour, celle qui appartient à tous les temps…et à toutes les cultures.

* C’est un aristocrate de renom, Guidobaldo della Rovere, qui avait fait cette commande au Titien ( pour immortaliser sa maîtresse ?). Ce type de tableau aurait été destiné, suivant l’usage, et comme cadeau de mariage, à la chambre à coucher de jeunes époux…ici on pense, non sans motifs, que le gentilhomme désirait posséder cette femme sublimée, y compris lorsqu’elle n’était pas à ses côtés _ par le regard au moins _ lorsqu’il se déplaçait…
Cette Vénus n’est effectivement pas aussi idéale qu’on a bien voulu nous le faire croire : une prétendue Déesse Antique, ‘anonyme’ et pourtant invitant à l’amour charnel, sans déguisement aucun pour celui qui regarde !… En effet, on sent bien que cette femme correspond aux critères fort précis de la beauté et du ‘désir’ des contemporains du Peintre célèbre ; se dédouanant d’un portrait trop évident en la baptisant du nom générique de la Déesse de l’Amour…

Victorine Meurent, le scandale
Manet s’est donc contenté, dans le fond, d’actualiser la Venus d’Urbin avec son modèle favori, Victorine Meurent, que le Tout-Paris connaissait, et pour cause ! ( Demi-mondaine réputée pour ses charmes et son caractère, fort peu conventionnel ). Mais dans cette superbe opération artistique, il n’y a pas que le modèle qui s’impose dans une actualité crue ; il y a, à peine déguisé, le mode de vie du ‘bourgeois’ type, c’est-à-dire tout un code social qui se trouve déverrouillé pour le spectateur…ahuri ! Cette dernière, du reste, regarde bien plus loin que son modèle de la Renaissance ; elle ignore celui ou ceux qui la regardent, son propre regard traversant le nôtre, elle demeure indifférente au passage et au vacarme qui naît autour d’elle, à cause d’elle…N’est-ce pas précisément cela qui a horrifié le bourgeois du XIXème siècle ? cette indifférence à tout, ce regard hautain qui le traverse, lui, au-delà même du mépris ? qui l’oblitère, l’effaçant définitivement du paysage ? Une ‘fille de rien’ qui ose s’afficher placidement au Salon, au lieu de se cacher derrière les rideaux de l’alcôve, où elle officie et d’où elle n’aurait jamais dû surgir !
Il n’est pas difficile en effet de se représenter la stupeur de la classe dominante, ridiculisée dans le lieu qu’elle croit maîtriser…et d’imaginer le sourire discret et complice de monsieur Edouard Manet, qui s’exclame devant la critique furibonde :
il y a des duretés me dit-on, elles y étaient, je les ai vues !
Chez Titien au contraire, la Vénus nous regarde, humaine, à la fois distante et voluptueusement abandonnée dans une pose sans équivoque possible. Paradoxalement, malgré les quelques siècles qui nous séparent, elle semble respirer le même air que nous, prête à partager des émotions communes…

Olympia : la véritable Révolution
Au-delà du caractère sulfureux lié à l’accrochage de l’Olympia _ à l’époque la presse en a fait ses gros titres et nourri ses colonnes _ la plus grande différence entre les représentations de Manet et de son grand ancêtre, demeure cependant la fermeture de l’espace par Manet : son Olympia se trouve en quelque sorte sur l’avant-scène d’un théâtre, dont les rideaux se seraient fermés. Cet aspect est fort important à noter, puisqu’il clôt résolument la notion d’espace en peinture, telle qu’elle se définissait depuis la Renaissance, c’est-à-dire à peu près cinq siècles.
Mon but avoué à ce jour est, au bout du compte, de rouvrir les rideaux fermés par Manet, et de creuser à nouveau l’espace…Le paysage derrière a dû beaucoup changer ! Peut-être qu’il nous réserve encore bien des surprises, car le processus enclenché ne peut faire l’économie des découvertes psychanalytiques, à tous les niveaux…autrement dit, songeant à l’espace de la Renaissance Vénitienne, je risque fort de trouver sur ma route des éléments insolites, qui m’échappent et m’échapperont toujours _ la peinture ne pouvant prétendre à agir autrement que de façon muette, par une simple prise de possession du regard, bien au-delà de ce que le peintre voudrait consciemment donner à voir.
Pour moi, c’est donc l’occasion de RE-DECOUVRIR cette période, précisément à travers l’héritage de ce tableau, au-delà des diverses représentations que tant de générations ont pu connaître…ainsi qu’à travers le prisme de nos visions multiples d’aujourd’hui, dont les reproductions sur tout support, et en des formats excessifs, déforment à coup sûr l’idée et la pensée d’origine.

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