La commedia dell' Arte

- le Fou, ou Buffone (figure traditionnelle médiévale en Europe : rôle d’exutoire face au pouvoir en place ; peut et doit faire rire, aux dépens des Grands…)
- Pulcinella, venu de Napoli, est Le Personnage-type de la série, de loin le plus célèbre : c’est notre fameux Polichinelle, farceur et maladroit en amour, extrêmement gourmand. Sa bosse est à la fois disgracieuse et émouvante, traduisant son incapacité à plaire, donc sa grande vulnérabilité…
- Arlecchino, né à Bergamo, ‘l’altra Venezia’, en Lombardie ; autrement dit, Arlequin, au costume à losanges haut en couleurs : l’ancêtre du valet de comédie, astucieux, habile, peu scrupuleux…
- il Medico della peste, avec son nez immense, chargé d’essences pour éloigner la maladie, demeure le plus remarqué…et respecté, parce que susceptible d’écarter (?) la terrible épidémie dans nos pays ravagés par le fléau à la fin du Moyen-âge.
- Il Notaio ( le notable : peu de changements depuis les origines ) : toujours un peu gras, de noir vêtu, avec des lunettes chargées de lui conférer l’autorité nécessaire à vous extirper des fonds !

la Commedia Dell’Arte
L'Olimpia Circondata

- Pantalone, personnage assez vieux, stupide et fat, grand, prétentieux, habillé avec une recherche un peu déplacée pour ce qu’il est, habile à faire des effets de cape et de manches…
- Colombina, l’amoureuse ravissante, presque toujours esclave d’un maître dur, avare et concupiscent ( on la retrouve chez Molière, accompagnée de jeunes prétendants timorés mais fringants en apparence…comme l’ensemble de cette typologie dans le théâtre italien ; elle serait la fiancée d’Arlecchino, officiellement )
Leandro, l’amoureux ‘transi’, que l’on retrouvera pris au piège par ses aînés fourbes, riches et puissants : ce qui donne lieu à quantité de situations burlesques, trame de presque toutes les comédies classiques après que le théâtre italien se soit répandu en Europe, en France particulièrement.
- La Bauta : masque ambigü, permettant le travestissement complet : l’homme devient une demoiselle cherchant l’aventure, la femme se fait passer pour un galant…

 

Ce masque est l’un de ceux qui me parle le plus ; du reste il a beaucoup plu au XVIIIème siècle, et le peintre des scènes typiques de cette Venise-là, Pietro Longhi, l’a abondamment utilisé : c’est aussi le plus moderne, en ce sens qu’il dissimule tout ce que l’individu veut dissimuler, et à la demande ; de telle sorte que c’est la personnalité tout entière qui se dilue, au profit d’un être énigmatique, fascinant par ce pouvoir même. On ne sait plus qui est qui, et tous les abus sont envisageables…la Bauta a exercé son charme bien au-delà des limites du Carnaval. Ce masque coïncide avec la déliquescence d’une société en train de se décomposer, inquiète d’elle-même, de son identité. Sans doute est-ce pour cela qu’il nous est aussi familier.